World of Goo
Ça fait longtemps que je n’ai plus joué à de gros jeux, gourmands en ressources, des heures durant pour dénouer l’histoire ou accumuler les Achievements Unlocked – ces blockbusters que les gamers de la Steam-and-Games-for-Windows-generation s’arrachent histoire de grimper en nombre de succès ou de points au ladder, que les kékés du hardware adulent pour pouvoir se vanter de jouer en telle définition, avec telle fluidité, les graphismes poussés à fond. (ça, c’est ce qu’on appelle un cliché, oui)
Disons que j’ai une vie maintenant (contre-cliché, tout aussi arbitraire et manichéen), et n’ai plus le temps et surtout l’argent à investir dans un hardcore-gaming dispendieux et chronophage. Ca m’est passé, simplement, et je recherche maintenant des petits exploits ludiques, présentant une innovation soit graphique, soit scénaristique, soit d’expérience de jeu.
Je joue très peu donc – par rapport à avant, très certainement, mais en règle générale aussi -, de temps en temps, sans horaire fixe, et sans quota. Disons quand j’ai une insomnie ou entre deux cours principalement. D’ailleurs, parlant de cours, l’utilisation d’un netbook motive à rechercher des jeux peu gourmands, et permettant de faire de très courtes parties, soit environ le temps d’un café-crème et d’une clope ; ce genre de jeux « légers » est d’ailleurs monnaie courante dans l’univers indépendant de l’industrie vidéo-ludique.

Cette première sélection traîtera de World of Goo :
World of Goo est un pierre de taille dans la cour très sélect’, hype, des jeux indépendants de qualité. Oui, ces jeux réalisés par une poignée de passionnés (ou un passionné seul, ou cinq gus dans leur garage, ou le duo de 2DBOY dans le cas présent) complètement foo, qu’on imagine sans un sous ou presque – à croire que c’est une condition sine qua non. Il est certain qu’on est bien loin des énormes budgets que peuvent débourser les gros développeurs / producteurs / empaqueteurs de jeux-vidéos, mais en ce qui concerne les « indé », ce sont bien souvent des gens bourrés de motivation, de talent et d’humour. Et les concepteurs de World of Goo n’en manquent pas – du tout.
Passons d’abord sur la distribution : Mac, Windows, Linux, Wii, iOS (iPad pour l’instant seulement – une version pour iPhone et iPod Touch devrait bientôt sortir). Autant dire un peu sur toutes les plateformes qui permettent un jeu de puzzle avec un pointeur « doigt / souris / WiiMote » rapide et précis (la manette ne serait pas du tout pratique, car certaines manipulations demandent une réelle dose de célérité) dans un système de « glisser-déposer » – sauf sous Android, indûment boudé (pour l’instant seulement, on espère).
Simpliste mais pas simple.
L’objectif ? Amener un quota de boules-de-Goo (ou Goos) à l’embouchure d’un tuyau pneumatique (hormis quelques niveaux faisant office d’exceptions, comme les fins de chapitre) signant la fin du niveau. Simpliste dans le fond, le concept est vieux comme Lemmings. Sur la forme, c’est tout autre chose : le moteur physique du jeu gère le poids de la structure et les forces (comme la gravité) qui s’exercent sur celle-ci ou les Goos aux pics de torsion : ainsi, plus la structure sera grande, plus elle aura tendance à tanguer, se tordre, et parfois se rompre, modifiant en profondeur la tenue de la structure (rarement de façon bénéfique).

By Nicosmos (Own work) [GFDL or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0], via Wikimedia Commons
Notez qu’il vous faudra aussi faire une économie de moyen : non contentes d’êtres malléables à souhait (on aura compris : ça ne veut en aucun cas dire efficace), ces boules sont rarement détachables entre elles (à l’exception des vertes et des cranes, cf. l’article Wikipédia plus haut), et restent à pendouiller quand toutes leurs congénères passent la fin du niveau. En outre, tout Goo utilisé sera un Goo en moins à être comptabilisé à la fin du niveau, question de plancher à franchir pour passer au suivant. Tout Goo en plus, lui, vous permet de participer au concours en ligne de qui-a-la-plus-grosse (tour de Goos).
Parlant d’humour.
Oui, il est partout – et non, ce n’est pas une conspiration. Des messages du Maître des pancartes (concernant la résolution du niveau, le déroulement de l’histoire, ou un délire à peine compréhensible) passé là avant vous, à l’histoire drôle, cruelle et pathétique des Goos : les concepteurs du jeu laissent libre court à une critique des dérives du Net, du capitalisme, de tout-ce-qu’il-est-bon-de-critiquer, du piratage, … jusqu’à des notions plus sociales ou sociétales comme le rapport aux multinationales, la question des énergies renouvelables, … Et tout, absolument tout est rendu de façon agréable, humoristique le plus souvent, bourré de références externes ou sur le jeu lui-même (par exemple, une notion de « prochain chapitre » et l’incompréhension intrinsèque que peuvent en avoir les personnages), le long de l’épopée singulière des Goos en quête d’un monde meilleur.
Graphiquement, musicalement.

Ça a une réelle personnalité qui dénote clairement dans le paysage vidéo-ludique habituel : tout en dessins vectoriels, dynamique, coloré ou non – des fresques en ombres chinoises côtoient des paysages « à la Tim Burton » ou des mondes tout simplement flashy. Le jeu dispose d’une véritable identité visuelle, propre et savoureuse. Les musiques sont composées par l’un des deux développeurs du jeu et, une chose est certaine, elles sont de qualité ! Sorte de mélange de genres, de thèmes connus qu’on reconnaît à peine, mélange futuriste de musique d’ascenseur, d’accords classiques, d’hymne 8bit et d’accents électro-pop. Cerise sur le tas de Goo : la bande son est gratuitement téléchargeable ! Je la conseille vivement en tant que musique d’ambiance de qualité. Pour la télécharger, c’est par ici.
Combien ça coûte et combien de temps ?
1500 WiiPoints sur le WiiWare, 8,99€ sur Steam, 7,99€ chez Desura, sur la Logithèque Ubuntu pour 19,95 USD, 4,99$ sur l’iTunes App Store…
Pour la durée de vie, une huitaine d’heures, le double voire le triple pour se distinguer avec tous les OCD (Critère de Distinction Obsessionnelle : un défi à la barre très haute à accomplir par l’accomplissement du niveau : boules à sauver, nombre de mouvements, temps imparti, …), plus un temps relativement infini à créer la plus grande tour possible avec les Goos récoltés dans le monde principal.
Donc ?
Sincèrement, une perle rare, à acheter les yeux fermés pour récompenser le travail de ses concepteurs qui livrent ici un petit bijou (sans DRM ni frais de ports, 100% élevé au grain dans l’arrière-cour du serveur).
