Pour toute introduction à cet article, une discussion que j’ai tenue avec Thomas, comparse de Radio Campus, sur un réseau social dont il vaut mieux taire le nom.

- Risques encourus par les dirigeants de MegaUpload pour « crime contre le droit de copie » (criminal copyright, ça vient de sortir) : 20 ans (quoique les estimations grimpent à 60 ans par le miracle du cumul) de taule. Comme quoi le piratage tue vraiment les artistes, c’est comparable à une peine pour homicide. - À ce point là, autant les buter vraiment, c’est plus marrant.

Quelques heures se sont écoulées depuis l’implosion du MegaEmpire, et l’on en sait déjà plus, quoiqu’au final toute information démontrant à quel point Kim Schmitz (fondateur et dirigeant de l’empire Mega) et sa bande sont une bande de voleurs, ayant ripaillé grassement des déjections d’une industrie d’escrocs, ne m’intéresse déjà plus.

Premièrement, je ne plaindrai aucunement les détenteurs d’un abonnement à MegaUpload / MegaVideo / MegaPorn (vils canaillous) : je ne pourrais entendre sans être acerbe l’insurrection de ceux ayant payé en connaissance de cause un service délictueux, finançant la MegaMafia qui s’est fait un juteux business model en monétisant via la publicité des œuvres soumises à la propriété intellectuelle, ayant vendu pour 150 millions de recette des abonnements à leurs services. Alors non, je ne plaindrai pas celles et ceux qui ont cru qu’un service en ligne pouvait être garanti « à vie » pour peu qu’on y mette le prix – c’est pour moi et structurellement improbable, et impossible à garantir contre tout problème, preuve en est la situation actuelle.

Dans mon petit coin, je suis content que MegaUpload soit fermé, car ce n’est là qu’un service Minitel – avec des contenus en 1080p et en DTS, mais du Minitel quand même -, pas « de l’Internet ». Il est donc pour moi logique que d’une façon ou d’une autre ce service et ses copies soient mis au ban des solutions apportées par les Internets. Pourquoi ? Parce qu’ils sont pour moi néfastes à la structure du réseau, engorgeant les mêmes tubes et les mêmes nœuds, à chaque fois. Et puis plus simplement encore parce que j’aime partager mais surtout découvrir. Et cela les sites de direct download ne me le permettent pas.

Comme une mauvaise excuse, j’entends déjà ceux qui mettent en avant le fait que les contenus hébergés ne sont pas nécessairement litigieux, piratés, tout ce qu’il y a de plus légal. Je veux bien l’admettre, quoiqu’un peu cyniquement, cela n’enlève pas le fait que, comme pour le blacklistage de Pirate Bay en Belgique, cette masse est jugée négligeable par rapport aux contenus frauduleux. Et continuons dans cette veine : tant bien même, les contenus licites ne sont d’aucun intérêt pour le plaignant.

Le réveil de Guy Fawkes.

Alors qu’ils étaient plutôt discrets ces derniers temps, chose antinaturelle, les chiens fous d’AnonOps se sont fait entendre en réaction à cet « acte innommable » (c’est dire la tonne de pr0n qu’il doit y avoir sur les serveurs Mega). Ayant le DDoS facile, une valse de #TANGODOWN a suivi pendant toute la nuit – et continue encore très certainement. Pourtant c’est aussi efficace qu’uriner sur une voiture : ça soulage seulement, parce que ce ne sont que les sites, les vitrines, qui sont attaquées. Du moins pour le moment. Il n’y a là rien de réellement sensible pour le moment, juste de la peinture, une façade, d’où mon analogie à ceux qui pissent sur les bagnoles. C’est symbolique seulement, autant qu’une manifestation complètement désordonnée. Or pour moi, ça s’écarte de ce qu’il y la de réellement important dans tout ça : le « crime contre le copyright ». Pour moi, le système qui a pu engendrer cette notion et malade et il faut l’amputer, certainement pas lui donner raison par un jeu de dommages fait à la va-vite.

Mais ils savent se faire entendre, de même que produire des outils simples pour qu’il n’y ait de barrière à la participation de chacun pouvant cliquer sur un bouton, ce qui fait que leur force de frappe est phénoménale s’il faut paralyser un pan de communications.

Alors non, le problème n’est plus vraiment dans la licence prise par un pouvoir national à l’encontre de personnes qui ne sont pas soumises à sa juridiction, comme il n’est pas plus dans la perte de données – qui me fait penser à une autre affaire liant Google et un utilisateur ayant perdu son compte et toutes ses données liées. Radical.

Or voilà, rien de sensible n’est touché par ces actes, sinon le pignon sur rue que quelques sites dont j’ignorais l’existence avant de me renseigner sur les exactions des Anons. Mieux, cela nous détourne, par fixation de l’attention sur un problème particulier, de l’important ici : le « crime contre le copyright ». Crime ? La contrefaçon, du moins en Europe, n’est pourtant qu’un délit, certainement pas un crime comme pu se féliciter M. Sarkozy. Pour moi, le système qui a pu engendrer cette notion de crime contre la propriété intellectuelle est malade, en phase terminale, et il faut abréger sa souffrance. En cela, lui donner raison par un jeu de dommages fait à la va-vite justifie la débauche de moyens utilisés par ceux qui veulent « civiliser Internet ».

Le problème central selon moi, c’est que notre système légal et économique est conservateur et qu’il refuse de s’adapter aux révolutions des usages. Dressant des barrières partout où ses acquis sont menacés au détriment du bien commun, c’est son arriérisme qui est à lui seul la cause première de la création de MegaUpload. Le dernier article que j’ai lié résume en lui seul une masse conséquente de ce que je peux penser de l’industrie de la création – je ne peux que vivement vous conseiller de le lire.

Mais d’abord, pourquoi est-ce ce gros poisson-là quoi doit tomber, alors qu’une flopée d’autres sites d’hébergement pullule sur la toile ? Pourquoi confondre encore et toujours le support, l’usage qui en est fait et le contenu qu’il propage ? Sommairement, cela devait être plus simple de faire tomber Megaupload que de demander à PayPal de généreusement libérer les données de tous ceux qui ont acheté un abonnement à Megaupload pour exclusivement télécharger des contenus litigieux, sous couvert du Patriot Act.

SOPA, partie émergée de l’iceberg

Les Internets se sont soulevés et se soulèvent encore contre SOPA, cette loi (encore une) liberticide. Mais pourquoi avoir besoin de SOPA et s’en inquiéter si la justice d’un pays peut stopper 4% du trafic mondial en un claquement de doigts ? En effet, si 4% du trafic mondial a été stoppé sans problème, pourquoi s’inquiéter outre mesure de SOPA ou de PIPA si même sans un tel arsenal légal une telle censure est déjà possible ? Quoique formulé amèrement, je n’encourage pas à l’inaction, du tout : la tâche n’est qu’éminemment plus complexe et plus lourde que de réagir à deux lois. C’est un système complexe qu’il faut mettre à plat et changer, qu’il faut priver de ses moyens de lobbying agressif. Partir en croisade nécessite de se rattacher à une problématique de fond, car la tâche est énorme, colossale, et des DDoS n’y aident pas : à coup de parpaings ça serait déjà vachement plus efficace. SOPA, PIPA, ACTA, LOPPSI, HADOPI, … sont autant de lois à combattre, un premier pas dans le changement radical nécessaire actuellement, mais croire qu’après un juste manifestation à l’encontre de ces lois l’on pourra être tranquille si l’on ne restructure pas les jeux macro-économiques ici à l’œuvre est complètement fumeux : les mêmes erreurs renaîtront, parce qu’elles sont dans la suite la plus logique du système.

Comment dire avec la plus extrême courtoisie à l’« industrie du copyright » qu’elle fait définitivement fausse route et que, quelles que soient les risibles barrières qu’elle tente de mettre en place, rien ne pourra empêcher sa nécessaire et profonde mutation ?

Je reprendrai seulement le début d’un manifeste trop peu connu, celui de l’Indépendace du Cyberespace, pour lancer la réflexion qui doit être faite tous ensembles, parce qu’elle s’étend bien au delà des seuls non-frontières du cyberespace :

Gouvernements du monde industriel, vous géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons.

C’est de là qu’il faut partir, pour moi, sinon il faudra prendre les armes.