Note : encore grevée d’erreurs, ceci n’est qu’une reprise et l’achèvement d’un brouillon histoire d’en faire un « produit fini » néanmoins déjà dépassé dans ma pensée.

À mes yeux les pseudonymes sont des objets et, en tant que tels, ils ne sont personne spécifiquement, à peine quelque artefact d’une pensée déjà ailleurs, loin – toujours-déjà inadéquate, tronquée, faussée, des objets sans visage ni aucune humanité qu’on voudrait bien lui donner pour s’en croire proche, ils n’ont même qu’un piètre rôle moral.

Je conçois tout à fait qu’il y ait quelqu’un derrière, certes, mais il se fait disparaître par son pseudonyme. Perdre un pseudonyme, c’est perdre un lien direct et fort à un élément total, mais pas une personne en elle-même : la personne n’a jamais été vraiment là, en face de nous, à nous émouvoir de son visage (nous rendant responsables de sa mortalité, si l’on suit Levinas), de sa mise à nu.
Distinction de la réalité d’Internet.

« La vie » n’est, j’estime, pas un « lieu », pour parler le plus simplement, mais bien plutôt une puissance d’agir et de pâtir. Ce n’est pas un domaine géographique, un lieu précis, auto-satisfait et définit ontologiquement, auquel nous pouvons donner par la suite une différence d’endroit avec Internet. Ce distinguo me semble erroné, même si l’intention d’y voir une différence est tout à fait légitime.

En fait, je subodore ici des réalités dissemblables, mais autant de réalités en tant que telles malgré tout. La « vie » comme puissance peut donc bien se retrouver dans chacune d’entre elles sans aucune contradiction. Il y aurait donc vie en tant que puissance dans le monde digital.

Lorsque généralement nous opposons la virtualité d’un monde se déployant sur la toile à cette réalité bien tangible, où l’on se cogne le petit orteil au coin d’une armoire (et où bordel-de-dieu-ça-fait-mal-sa-mère), il y a pour moi une perte du sens de « la réalité ». Simplement, le domaine cybernétique est, je le crois, une réalité en tant que telle, comme d’autres réalités peuvent exister subordonnées ou dissociées à notre « bonne vieille réalité » disons sensible ; une réalité disposant de ses propres acteurs, de ses propres codes, de sa propre « vie », pleine et entière en tant que principe fondateur.
Recours au pseudonyme en tant qu’objet.

J’espère avoir pu clarifier – ou du moins expliciter – la chose. Revenons plutôt à l’usage du masque, du pseudonyme, de ce qui fait qu’ici sur les Internets nous ne sommes que des poupées vides, des artefacts de pensées qui dialoguent comme elles le peuvent entre elles et en quoi cette tension est centrale.

Nous ne nous exprimons pas tant qu’individus, êtres pensants que nous sommes provenant d’une « autre réalité » qui, pour beaucoup, est la seule réalité existante. Nous sommes toujours déjà des avatars, des porte-paroles d’un esprit distant. Je rejette en bloc l’identification de l’individu à son rôle (d’orateur, d’acteur social), ici son pseudonyme – une façade similaire à un nom légal dans mon esprit -, refusant de tisser un lien bien trop direct entre notre rôle et notre nue-existence.

Voir les pseudonymes comme des objets est pour moi le moyen de constituer un reflet morcelé de notre identité numérisée, et de notre pouvoir d’exister en dehors de celle-ci. Le rôle fait partie du jeu entre notre pensée et une quelconque réalité considérée. Partant, je serais tenté de défendre (sans en avoir les outils théoriques actuellement) que les rapports que nous entretenons entre « personnes » sont tout autant virtuels dans chacune de ces réalités qui s’embrassent, se complètement ou s’oblitèrent un instant qu’il me plaît d’envisager.
Illustration.

En ce sens, dans la « réalité » Web, le concept « PostBlue » a perdu sa substance (être moi), mais loin de moi l’idée qu’il n’y ait personne derrière ! En fait, j’y vois exclusivement une barrière dressée entre ma pensée – qui a besoin d’une voix – et celui qui la perçoit. Je ne défendrai pas que nous n’existons pas quelque part derrière nos masques ou nos pseudonymes, mais plutôt que la constitution de ceux-ci nous fait disparaître en tant qu’humains sensibles directement dans notre rapport à l’autre.

Ainsi, puisque l’objet « PostBlue » prend place d’intermédiaire dans notre rapport avec la personne (quelque chose comme « moi » en l’occurrence) qui fait résolument partie de la réalité où on peut récolter des bleus, nous ne pouvons toucher, voir ou posséder l’affect direct vis-à-vis de cette personne-là qui nous sert son « rôle » plus ou moins librement constitué.

La seule chose dont nous pourrions déplorer la perte ou la disparition est pour moi celle d’un « lien » vers la pensée d’un « quelque chose » (intuitivement quelqu’un) qui, derrière, pense, vit, mange, se cogne le petit orteil et maudit cette nom-de-dieu-d’armoire – mais un lien seulement.
Garde-fou.

Tenons-nous bien de réduire un peu trop ce simple fait que nous, sujets derrière notre écran, nous nous évertuons à faire parvenir notre pensée qu’importe le moyen, à la véhiculer fut-ce par un « pseudonyme ». Il me semble irréductible, intuitivement, que notre pensée reste bel et bien vivante et existante là où elle s’exprime (ou est exprimée). Je me garde bien de vouloir confondre la pensée de l’individu et sa façon de l’exprimer, ni même encore cette pensée et la façon dont chacun peut en percevoir l’existence.