Ou comment je ne suis pas un bon employé. Ingrat en plus.

Propagande

Deux fois dix minutes d’un mini-film présentant les différents domaines de la société. Comme si nous n’étions pas assez « convaincus » par nos parents grâce à qui nous sommes dans cet auditorium. Des effets visuels chatoyants, une musique au xylophone au thème répété toutes les 5 secondes, des visages tout sourire. Genre « c’est trop la teuf de bosser pour l’une des plus grosses boîtes du domaine ! » Le centre d’affaires c’est Disneyland. L’idée-même d’une désindividuation dans une masse impersonnelle n’affleure pas ; pourtant ces gens ne peuvent pas être vraiment heureux. Leur sourire à la caméra sent le faux, ce sont des acteurs qui jouent le jeu de la boîte qui les paie pour faire les beaux. Nous jouons tous, pour bouffer facilement.

Déportation

Attendre qu’on appelle nos noms dans une salle qui pue le vieux, la poussière et la mort, badgés comme des bêtes – ou l’étoile jaune tend au rectangle de plastique. Nos noms écorchés dans une langue haut perchée, claquant dans des baffles miteux qui devraient bien tenir encore dix ans à ce rythme – lorsqu’on rasera le quartier. « Je viens en chercher un », nous sommes du bétail voué à des tâches abrutissantes, des ressources, des objets humains qui peuvent bouger leurs membres d’eux-mêmes. Le pied.

Dans ma putain de bulle

Un étage qui pue le papier chaud et les composants électroniques. Un joli plateau, plein d’îlots me dit-on, où fraient des connards qui sucent la queue du Dieu Fric rajouté-je pour moi. La vie de bureau est aliénante, assenant aux hères des tâches dont ils ne comprennent pas la portée : ils donnent dans le service détaché, le ragot de dossiers, l’anecdote sur tel ou tel client. Ils ne cherchent pas à se voir de façon systémique (d’ailleurs qui se voit encore ?) : simplement imaginer le système qui les emploie en ouvriers doués et logiques, au-delà de leur statut de Fangio (Juan Manuel) des procédures. 3 heures déjà et je me sens sale d’être ici. Ça promet.

Un mois chez les croque-morts du fric

À peine commence-t-elle que j’abhorre cette vie entre les clichés : métro boulot re-métro dodo, fagoté comme pour un enterrement. J’attends la journée longue la prochaine pause, le prochain voyage au pays du café lyophilisé, ou l’escapade près des cancres qui battent le pavé en bas de l’immeuble. Maudits fumeurs, oui. Des gris et blanc vêtu, j’ai déjà fuit la laisse, pardon, la cravate. J’ai pourtant l’impression d’être le trublion de la rame, digne représentant de la génération-clown : je suis un pitre dans un costume d’otarie, et merde, laissez-moi sortir. Je colle au monde et voudrais me foutre à poil : abandonner ce costume puant l’hypocrisie, les bonnes mœurs, la peur de l’opprobre – oui monsieur, bien monsieur. Pourtant j’accepte d’être un alien, oui, qu’on m’enferme. Parce qu’à l’arrivée (c’est l’enfer) je serai exactement ce que l’on attend de moi : un étudiant un peu paumé, toujours un peu fauché, avec des thunes mais qui, soyons en sûr, se ruinera d’ici peu. Et il faut bien que j’en ai, de cette merde. Je la chierais pour l’ingurgiter. Pour plus tard.