La gauche vaincra, parce que la droite est bien là où elle est, grassement assise dans sa fatuité, et qu’elle m’emmerde. La gauche vaincra, oui, parce que la droite discrimine, accule et se satisfait façon poussah de sa situation confortable. Je ne fais appel à aucune idée d’anachronisme, pourtant – même si cela pourrait être relativement fructueux. J’honnis ce recours ou retour méthodique à la droite plutôt, en tant que solution de facilité en deçà d’une réelle innovation ; il est nécessaire qu’il y ait une révolution des us, coutumes, mœurs, et préconceptions. Et ce le plus tôt possible. Pourtant, je ne vois pas non plus « la gauche » comme une solution à « la droite » – suivant Pierre Desproges lorsqu’il est un artiste dégagé.

Parce que, merde, qui m’a foutu des portiques pareils ? Voilà bientôt une semaine que je me fais avoir, m’engage dans la mauvaise rangée parce que, tout simplement, je tiens mon badge dans ma main gauche, et m’avance vaillamment vers un portique clos. Et mes genoux apprécient peu cette maltraitance périodique.

Et ce n’est pas tout, la disposition dans le métro est similaire ! Territoire connu, encore, et je me fais avoir plus qu’à mon tour. Sauf que la taille des portiques ici diverge – histoire qu’on ne puisse frauder sur les tarifs un peu honteux –, ainsi, en plus des genoux, c’est mon nez qui trinque, par exemple. Je ne vous dis pas la tête de clown, le nez sanguinolent, quand je suis en retard et que j’avance un peu trop franchement vers les souterrains de la ville.

J’ai pu constater pas plus tard qu’aujourd’hui d’autres éléments du genre : une grande partie des sonnettes de porte sont à droite de celle-ci, tout comme les verrous ou les cadrans à code pour entrer dans certaines partie de l’immeuble où je travaille. La disposition-même des battants de la porte profite aux droitiers ! Enfin, à moitié : pour rentrer, uniquement. Pour sortir, tirer la porte, le gaucher est roi. Génial ; on peut partir plus vite. Ce n’est pas pour me déplaire, je l’avoue. Les distributeurs automatiques n’y échappent pas : les outils de sélection sont positionnés à droite eux aussi, comme par hasard. Pareillement pour la configuration (matérielle, non pas logicielle – qui est un détail) des claviers : si un jour à votre boulot vous trouvez un clavier avec le pavé numérique porté à gauche, faites moi signe, je postule directement.

Bref, il faut que ça change ! Je n’en puis plus. Alors voilà, je m’interroge doublement : qu’est-ce qui préside à ce choix et, plus loin, comment pourrait exister une solution médiane aux dispositifs du genre ? Je n’irai pas jusqu’à parler de discrimination, mais je n’en suis pas loin : pour une majorité présumée droitière, on emmerde la minorité. Pire qu’en politique (belge du moins, c’est celle que je connais le mieux), aucune réalité n’est laissée à la minorité  gauchère – nous évoluons là plus loin que la simple reconnaissance des oppositions politiques, qu’elles puissent ou non faire entendre leur voix et infléchir les propositions premières.

Je ne mâche pas mes mots, ni n’exagère, quand je parle d’absence de réalité des gauchers – évacuant pourtant l’idée de discrimination parce qu’il y a là simplement un manque ou une absence de conscience et de reconnaissance, sans amoindrissement en fonction de la nature – : pour un portique comme ceux auxquels quelque partie de mon corps dit souvent bonjour d’un peu trop près (douloureusement de préférence), ne se présentent à lui que des droitiers, ou assimilés. Ainsi, le gaucher n’existe pas en tant que tel, dans cette situation. Il est annihilé par le déni absolu qu’il subit. Je ne pense pas que l’on puisse dire que quelque chose qui n’existe pas est discriminé, pour moi ça ne colle pas.

Pour quand même me fendre d’un bref historique, j’appelle l’exemple violent et discriminant réservé pendant tout un temps – il n’y a pas si longtemps dans nos contrées – aux droitiers, simplement à l’école, où ils étaient forcés, moralement ou physiquement – qu’importe, l’idée de violence est absolument la même –, de se fondre aux droitiers. Cela m’évoque quelques principes de fonctionnement à l’œuvre, mais ils sont sensiblement différents de ceux régissant ce qui me préoccupe ici.

Pourtant, je distingue à peine la moindre solution, malgré la propension à mon bien-être qui émule l’intérêt pour la chose. Des portiques distincts ? C’est lourd, cher, et fort peu réaliste. Je n’appellerai pas les principes de la discrimination positive, plus profondément je n’y crois pas un instant et c’est pour moi une hypocrisie du premier ordre, de la malhonnêteté intellectuelle – l’idée m’insupporte. Je crois que la solution se doit d’être éminemment technique et novatrice : il s’agit de fournir de nouveaux types de portiques au même office, une solution ambidextre en somme, je dirais même plus : neutre.

Je crois que c’est trop demander ; il me faut composer avec des solutions brouillons ou plus chères que la « normale » (en tant que majorité), et évoluer dans un relatif inconfort.