Nous ne sommes pas les seuls à nous être un jour levés du plus profond de nos solitudes pour partir au devant de nos fantômes, sans nous soucier qu’il soient mâles ou femelles. (…) Il n’y a pas de pensée spécifiquement féminine, il n’y a ici ou là que des êtres se sentant un jour obligés d’enfreindre les limites qu’on leur a assignées. (…) Le paysage où nous avançons ne s'enrichit que de nos départs. Tout étant en place pour que nous restions en place, nos chances de parcours se confondent avec les ponts que nous jetons au-delà de nous-mêmes. Notre seul espoir d'en finir avec la vie telle qu'elle est caricaturalement réside dans cette détermination de forcer les perspectives, jusqu'à ce que surgisse l'horizon symbolique, se déployant entre les ombres croisées des mots et des choses, de la chair et du langage mais aussi du masculin et du féminin.

Annie Le Brun in Vagit-prop, Lâchez tout, Éditions du Sandre, p. 50.