Grinçant des dents encore plus que d’accoutumée en prenant connaissance de la pathétique et morbide curiosité des médias – en ce cas que l’on appellera certainement « l’affaire Merah », et l’accident d’autocar emportant une poignée d’enfants dans les limbes – il m’insupporta de constater, comme annoncé dans le titre, ces minutes de silences observées obligatoirement entre autres par les élèves – exemple révulsant à mes yeux. De fait, je ne reconnais aucun droit à ce que l’on impose un « devoir de mémoire » (le deuil national est imposé par le gouvernement), que ma sœur soit obligée par ses professeurs de faire une minute de silence sans même qu’on lui demande son avis ou que l’on engage une discussion sur les raisons de celle-ci. Il m’ulcère que des professeurs français aient été mis à pied pour avoir refusé de faire la minute de silence pour les juifs dézingués par Merah – les autres, les militaires musulmans, les milliers de morts chaque jour, on s’en fout. Par ce simple refus de « faire mémoire » – terrorisme lacrymal -, il ont pour moi voulu retourner à une intégrité exemplaire et consciencieuse (posture presque idyllique du professeur) quand le cadre ne s’y prête déjà plus. La « minute nationale » est une manœuvre politicienne, imposée par un gouvernement afin de, pour moi, ravir les pleureuses, rassurer la population dans la peine et l’hypocrisie, passer un baume acide sur les plaies des écorchés. Il me dégoûte de voir les drapeaux en berne au moindre événement « terrible » (sensationnalisme d’une tempête dans un verre d’eau), lui rendant très mal raison. Pour un ami philosophe, cela fait partie des rites et autres pratiques qui permettent de construire le sentiment national. Au même degré que des « lieux de mémoire », qui « échappe[nt] à l’oubli, par exemple avec l’apposition de plaques commémoratives, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions » (Pierre Nora). En somme, l’on peut dire que c’est une posture toute religieuse – que l’on impose alors que la structure est supposée athée. L’occasion pour moi d’envisager un futur discours sur les nouveaux états religieux. Plus loin, l’on peut dire que ce genre de faits divers permettent de s’apitoyer sur quelque chose qui n’est pas un problème, ou plutôt de ne pas s’intéresser à un problème sous-jacent (s’il y en a un, comme dans le cas Merah), ce qui exige froideur, méthode et compréhension. Un fait divers singulier et marginal, comme les récents événements concernant la STIB, détourne, par des émotions de masse imposant le respect d’une cohésion, l’attention de problèmes profonds pour donner dans la « cohésion facile » n’exigeant aucun débat, ne faisant aucun appel à la raison « comme un signal qui annule toute pensée, parce qu’il déclenche une sorte de révulsion morale » (Sebhan). J’en ai eu raz la casquette, partant d’un horrible malaise. Et j’essaie encore, après coup, de me donner les outils théorique pour comprendre ce « désastre » que j’ai ressenti. Voilà la genèse de la question, et m’en suis allé, vaillant, à la rencontre de mes aînés – spécialisés en éthique ou en philosophie, il faut bien que mes études servent à quelque chose.