Non, cela n’est pas de Freud, mais bien déduit des propos de nos culpabilisateurs-en-chef, nos chers dirigeants lorsqu’ils se donnent la gloire d’une mission coloniale civilisatrice. Du worldwide web par exemple, mais plus généralement de la société elle-même. À croire, finalement, que chacun de nous, pauvre humain, est un pervers multimorphe ! Sauf que, lorsque Sigmund Freud en parle, il s’agit uniquement des enfants.

Mais soit, nous sommes donc tous des pédophiles en puissance, tous voués instinctivement à se rassembler bien en rang et faire le salut romain. En substance, nous pourrions même croire que nos dirigeants se targuent de mieux valoir que nous, qu’ils sont voués au bien de la société, défendant des biens moraux pour le salut de la civilisation humaine, pour qu’elle puisse penser sa propre histoire et sa propre liberté.

Je suis vilain, je le sais bien : ce n’est pas bien de ce moquer de ces pauvres incapables qui se démènent comme de beaux diables pour pouvoir manger à leur faim, défendant la veuve et l’orphelin des vicissitudes de la vie. Voyez Bart de Wever… Pour je ne sais quel bien, donc, nos dirigeants nous instaurent comme criminels en puissance. Sympathique sur le C.V. « Je pourrais tuer ta mère et télécharger l’intégrale de Lorie. Enferme-moi. »

En effet, dans ce grand jugement à l’emporte pièce, pour cette généralisation à la con (j’ai toujours maintenu que toute généralisation était une immondice intellectuelle – excusez, je m’en vais me purger les méninges, ça sent le purin), c’est la globalité qui en prend plein la tronche. Nous sommes tous des coupables en puissance, sanctionnés avant de faire une possible connerie (et encore, elles changent en fonction des époques, ça aussi certains tendent à l’oublier), castrés à l’avance pour ne pas aller s’exciter sur la voisine. Ou le voisin, peu m’importe.

Civiliser… Cela me donne pratiquement envie de sortir les crocs et de me plaindre face à cette insulte. Ce n’est pas parce que j’aime à dire vouloir balancer des coups de barre à mine dans les gencives de nos ministres que je suis un sous-individu n’ayant pas été touché par la bonne et douce civilisation industrialisée. Oui, celle qui veut me gaver de merde en boîte, de contenus aseptisés et qu’en plus je paie pour sans même avoir le choix de refuser. Civiliser… Comme si nous étions toujours déjà moins qu’humains, comme si l’intolérance à la connerie était une sous-culture, une manque de civilisation.

Aucune civilisation ne me fera fermer ma gueule pour que je la laisse perdurer dans ses erreurs. Je n’entends pas la changer, non, mais bien l’interroger, la repenser sans tabous. Mais plus encore : il n’y a pas de civilisation qui se tienne dans son exercice d’évangélisation, parce qu’elle se voue à la mort, à ne pouvoir faire face aux changements naturels. Nous ne sommes plus au temps des empires coloniaux, lorsqu’il fallait éveiller les foules indigènes à la grandeur (et la décadence) du monde occidental. Nous ne pouvons plus imposer nos valeurs morales à des sociétés que nous envisageons dans un clivage intellectuel, dans une période de relativisme de tout crin.

Pourtant, quand j’entends que certains entendent civiliser le monde à nouveau – en nos terres, et sur Internet, continent pourtant déjà civilisé par des citoyens réels –, je m’inquiète de la tournure de leur pensée. Ils régressent, et cela me fait peur.