La 15ème mouture du navigateur Opera est sortie en première version Release Candidate, basée sur le futur moteur de rendu de Chromium (Blink), et bien que je me targue d'être un libriste convaincu et que je n'ai encore trouvé aucune version pour GNU/Linux, j'aimerais traiter un peu de ce sujet en fonction de ce que j'en ai lu çà et là (même si je suis curieux de ce que l'expert ès Opera de la blogosphère francophone pourra exprimer à ce sujet).

Opera est le navigateur qui m'a accompagné le plus longtemps de ma vie d'internaute après Firefox, qui a pu donner un second souffle à ma navigation sur des machines poussives qui ne pouvaient supporter aucun autre navigateur sans plier le genou. Exemple-même du navigateur propriétaire intégrant les standards majeurs du web et diffusant des versions pour le plus grand nombre de systèmes d'exploitation (GNU/Linux, FreeBSD Mac OS, Windows, ...), j'ai aimé utiliser cet enfant terrible qu'était Opera.

Même si je répugne Blink, par trop rattaché à Google dont je conspue la politique de développement autoritaire, et si Presto est un moteur mature et performant, je suis pour ma part convaincu par la rationalisation technique du projet ; le temps des suites à la Seamonkey semble révolu pour le commun des internautes, selon une GNU'fication en règle : un programme par fonction, donc exit le côté bordélique qu'Opera avait parfois, par surabondance de fonctions dont l'utilité n'apparaîtrait qu'aux initiés, alourdissant le programme pour ceux qui ne s'en servent pas.

Par là, le navigateur se sépare en droit de la partie mail / agrégateur RSS / client de messagerie, avec un parallélisme structurel similaire aux fonctions réparties entre Firefox et Thunderbird, que je ne me vois pas blâmer. Le but me semble clair : alléger encore plus le navigateur, diminuer l'impact sur les performances de la machine, en le séparant de fonctionnalités chargées par défaut mais inutilisées, mû par une volonté d'offrir une navigation fluide même sur un matériel vieillissant.

L'épure de l'interface semble suivre légitimement les évolutions progressives du navigateur : la barre d'adresse permettait déjà de faire des recherches, à l'instar des principes d'omnibar présents déjà présents dans Chrome et Safari, à moitié sous Firefox. Dans cette optique, la duplication des barres est idiote si l'une des deux recouvre les fonctions de la seconde ; d'ailleurs j'ai toujours désactivé le champ de recherche pour n'utiliser que la barre multifonctions.

Je suis bien plus mitigé quant au remaniement du Speed Dial, mais je comprends comment il s'inscrit dans l'évolution et la fusion des fonctionnalités similaires du navigateur qui étaient visuellement séparées : le démarrage rapide sont en quelques sortes des favoris, la population automatique de l'écran de démarrage rapide n'étant pas sans me rappeler about:newtab sous Firefox (qui manque de souplesse quand à lui).

La fonction Calepin, quant à elle, est une fonctionnalité que j'apprécie beaucoup et me semble-t-il en droite ligne de la teneur du projet, qui intègre localement des fonctionnalités communément dévolues à des services web devenant par là inutiles : comme l'agrégateur de flux (en passant parmi les meilleurs agrégateurs locaux qu'il m'ait été donné d'utiliser avant de jeter mon dévolu sur Selfoss) ou, maintenant, un service à la Poche. Ne manque plus que le tout soit traversé de synchronisation pour avoir des copies conformes pour ceux qui utilisent plusieurs postes et désirent voir leurs listes de lecture et l'état de leur agrégateur dupliqué d'une machine à l'autre.

Le sort réservé aux extensions existantes est, quant à lui, lamentable, ou du moins flou : certaines devront tout simplement être réécrites. Cette négligence laisse un goût amer en bouche, comme la disparition de la barre transversale ou la position désormais fixe des onglets, à peine compensé par l'ouverture facilitée aux extensions déjà réalisées pour Chrome.

C'est la modularité et la customisation du navigateur aux préférences de chacun, en fait, qui en pâtit le plus, avec une personnalisation en deçà de ce que laissaient faire les précédentes versions. Plusieurs questions demeurent cependant : quid d'about:opera dans les futures versions, on ne peut exclure des extensions qui communiqueront avec les préférences qu'il renferme bien qu'il s'agit d'un pis-aller, d'urlfilter.ini, ... ? Il en va aussi du support au long terme du client mail / agrégateur RSS / client de messagerie, cette séparation ayant in fine tout l'air d'une mise sur une voie de garage progressive pour ne pas s'attirer les foudres des utilisateurs les plus fervents (qui de toutes façons se plaindront s'ils veulent le faire).

Wait and see.